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La biodiversité en danger

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Publié dans
le 19.03.12
Figure_4

La biodiversité est en danger, les scientifiques parlent de sixième extinction et indiquent que le taux actuel d’érosion de la biodiversité est 100 à 1000 fois supérieur à la normale. Quelques chiffres pour illustrer cette extinction, et comprendre les pressions qui s’exercent sur elles.

1- La biodiversité : quel état des lieux ?

Dans le monde

L’évaluation du Millenium ecosystem assessment (une étude pilotée par l’ONU en 2005) a permis de révéler que :

•    60% des services écosystemiques mondiaux sont dégradés (les services écosystémiques sont les services que nous rend la nature au quotidien, comme l’épuration de l’eau, l’approvisionnement en nourriture etc.)
•    20% des récifs de corail de la planète ont disparu et plus de 20% sont dégradés
•    35% des forêts de mangroves ont disparu

Tandis que :

•    Le prélèvement d’eau dans les fleuves, rivières et lacs a doublé depuis 1960
•    25% de la superficie terrestre est exploitée par les cultures ou l’élevage
(MEA, 2005).

Par ailleurs, de nombreuses espèces et habitats disparaissent ou sont en mauvais état de conservation. Selon les dernières données de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), les catégories du vivant proportionnellement les plus menacées sont :
•    les plantes : 70%
•    les poissons : 32%
•    les amphibiens : 30%
•    les reptiles : 28%
•    les mammifères : 21% dont les grand carnivores, les cétacés et les chauve-souris
•    les oiseaux : 12% surtout parmi les grands échassiers et les rapaces

En Europe

Prenons l’exemple d’un indicateur européen : l’état de conservation des habitats d’intérêt communautaire (Directive Habitat Faune Flore) montre que 37% des habitats identifiés comme ayant un intérêt européen sont en mauvais état de conservation (Figure 1).

Figure 1 : Etat de conservation des habitats d’intérêt européen
Source : Chiffres de 2008, SEBI. Infographie réalisée dans le baromètre de la nature de Terre sauvage.

Figure 1

Au-delà de ces chiffres très globaux, il est intéressant de regarder les résultats par type d’habitat :

•    Les habitats rocheux et forestiers sont en relativement bon état de conservation contrairement aux habitats côtiers et dunaires en très grande majorité en état de conservation inadéquat ou mauvais, ce qui provient dans la plupart des cas à la fois d’une aire de répartition en régression mais aussi de surfaces en diminution et d’une dégradation de leur bon fonctionnement.

• Les habitats d’eau douce et les tourbières sont dans une situation similaire, avec à la fois des problématiques de qualité des milieux et de régression des surfaces occupées.

• Quant aux prairies et pelouse selles sont également en mauvais état de conservation, ceci étant lié notamment à une réduction des surfaces couvertes par ces habitats.

• Ainsi les milieux les mieux préservés sont ceux qui sont le moins facilement exploitables par l’homme, c’est le cas en montagne. En revanche, les prairies, dunes et zones humides sont les plus menacées, essentiellement en raison de la disparition progressive des modèles d’agriculture traditionnels et du développement du tourisme.

En France

En France, il existe un système d’information sur la nature et les paysages (SINP) ainsi qu’un observatoire national de la biodiversité (ONB) pour suivre les tendances d’évolution de la biodiversité et en informer les citoyens.

Un exemple d’indicateur renseigné pour le suivi de la biodiversité est l’indicateur d’abondance des populations d’oiseaux communs (STOC) dans les grands habitats. Ce programme mis en place en 1989 est coordonné par des chercheurs du Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d’Oiseaux (CRBPO) du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN).

Figure 2 : Résultats de l’indicateur STOC, de 1989 à 2009.
Source : Jiguet F (2010). Les résultats nationaux du programme STOC de 1989 à 2009. www2.mnhn.fr/vigie-nature

Figure 2

Cet indicateur dont les résultats sont représentés sur la figure 2 ci-dessus montre que globalement, en 2009, « la France a perdu 25% de ses oiseaux nicheurs en milieu agricole, et malgré une stabilisation au milieu des années 2000, la valeur pour 2009 remet cet indicateur à la baisse. Les oiseaux forestiers vont un peu mieux mais sont en diminution, seules les espèces généralistes, rencontrées dans tous les types d’habitat, se portent bien, bénéficiant sans doute du déclin des autres, avec une stabilisation récente » (Source : Jiguet F (2010). Les résultats nationaux du programme STOC de 1989 à 2009. www2.mnhn.fr/vigie-nature).

Sur la figure 3, le baromètre de la nature de Terre sauvage nous présente les résultats du suivi des populations d’Oiseaux communs pour l’Europe pour 2008. Nous pouvons remarquer une baisse plus importante encore à l’échelle européenne : -48 % des effectifs des espèces des milieux agricoles.

Figure 3 : Indice d’abondance des populations d’oiseaux communs en Europe.
Source : Chiffres de 2008, SEBI. Infographie réalisée dans le baromètre de la nature de Terre sauvage.

Figure 3

La sixième extinction

Tous ces chiffres traduisent une érosion massive que les scientifiques dénomment la 6ème crise d’extinction, la 5ème étant par exemple celle qui a vu disparaître les dinosaures. La principale différence entre cette crise-ci et les précédentes c’est qu’elle est bien plus rapide et provoquée par l’activité d’une des espèces (Homo sapiens) et non par un cataclysme entrainant des modifications importantes des composantes de la biosphère (chutes de météorites, éruptions volcaniques…) (Figure 4).

Figure 4 : Schéma illustrant la 6ème crise d’extinction
Source : Humanité et Biodiversité, 2011.

Figure 42- Les pressions pesant sur la biodiversité

Ainsi, au regard de tous ces chiffres très alarmants, nous pouvons nous demander : qu’est-ce qui provoque cette érosion si rapide de la biodiversité, où les espèces disparaissent 100 à 1000 fois plus vite que lors des précédentes ères géologiques ?

Cinq pressions sont identifiées par les scientifiques comme causes de l’érosion massive de la biodiversité. Il s’agit de :

• la surexploitation des ressources biologiques dans les activités de production et d’approvisionnement telle que la surpêche ;

• la destruction et la fragmentation des habitats par la déforestation, la construction d’infrastructures linéaires ou la progression de l’artificialisation (ex : pour la France, artificialisation d’une surface équivalente à un département - 6100 km2 - de 2003 à 2009 soit 7 ans au lieu de 10 ans de 1993 à 2002 ; Source : Rapport de l’état des sols de France, 2011) ;

• les pollutions (issues de l’industrie, de l’agroalimentaire, du tourisme…) et leurs conséquences sur l’acidification des sols ou des océans, la perturbation des cycles biogéochimiques, la dégradation des habitats (par exemple les barrières de corail) ou l’empoisonnement d’espèces animales ;

• les espèces exotiques envahissantes souvent amenées et disséminées par les activités humaines (ex : le long des infrastructures…) dont l’explosion s’explique par la vitesse et la distance croissante des échanges dans un contexte de mondialisation ;

• et enfin le changement climatique, phénomène naturel accentué par les fortes émissions de GES provoquées par les activités humaines. La vitesse du changement climatique rendra-t-elle possible l’adaptation des espèces  et plus largement laissera-t-elle le temps à la biodiversité de s’adapter ?

Pour conclure, les humains, par leurs activités, causent et accélèrent la perte de biodiversité dont ils font partie et dont ils dépendent pour manger, se soigner, se vêtir, se déplacer ou encore s’abriter… Rappelons que le pétrole n’est que la biodiversité du passé stockée dans les sols depuis des milliers voire des millions d’années!

Ainsi, la préservation de la biodiversité est une question de survie pour l’humanité, de sa qualité dépendra la qualité de vie des générations futures. Humanité et Biodiversité, nos destins sont bel et bien liés.

Commentaires

6
2012-03-19 11:34:37 +0100

"Ainsi, la préservation de la biodiversité est une question de survie pour l’humanité, de sa qualité dépendra la qualité de vie des générations futures. Humanité et Biodiversité, nos destins sont bel et bien liés."

Je pense que dans l'acte d'éduquer le public à une "écologie sociale", il faut essayer de revenir à une notion de qualité de vie accessible dès maintenant. C'est vrai qu'on parle souvent de générations futures, mais cette limitation nous empêche de prendre pleinement conscience de la gravité de la situation, cela peut rendre le problème beaucoup moins accessible.

Au delà des pouvoirs publics/privés (Gouvernements, lobbys industriels), il faut se battre pour développer ce que j’appelle la "conscience globale" ; seule "arme" capable d'enrayer ce processus de destruction. L'acte se ressent chaque jours, dans nos habitudes et notre manière de consommer. Malheureusement, au delà du combat socio-écologiste il est une réalité : l'Homme vit dans l’immédiateté de ses actes, il est difficile pour lui de ce projeter dans l'avenir, du moins d'arriver à analyser une projection de la causalité de toutes ses décisions, de l'impact de ces actions sur le monde qui l'entoure. Il est même très difficile de faire cette analyse sur le passé. A titre individuel, cela passe par une prise de conscience éduquée, par une analyse de son train de vie et enfin par les choix faits au quotidien ; c'est extrêmement dur. Le libre arbitre soit il être supplanté par une pensée dirigiste, même relative à la sauvegarde des espèces ? Tout est affaire de responsabilités, d'implications.
Est il possible de sortir de ce schéma de développement actuel, sans altérer les ressources planétaires ? Je pensais il y a quelques jours au pétrole et aux alternatives. On parle beaucoup - au niveau des voitures - de l'accès à l’électricité. Mais les batteries sont en partie fabriquées avec du lithium, qui, lors de son extraction génère aussi des déséquilibres et de la pollution. L'Homme est il à ce point embrigadé dans sa propre course à l’effondrement ? Est ce une conséquence "naturelle" de l'intellect développé ? Beaucoup disent "qu'on se rend compte de ce que l'on a quand on le perd".

Peut on combattre sa propre nature ? (Humaine).

6

5
2012-03-19 11:39:27 +0100

Et je rajouterais que pour avoir travaillé quelques temps dans un parc naturel comme animateur, les mentalités sont extrêmement dures à faire évoluer. Le public aime le "sensationnalisme", touché sur l'instant ; il à besoin de matière rapidement consommable. Le travail d'arrière plan est titanesque pour marquer l'inconscient collectif et en faire ressortir tout le meilleur.

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2013-01-29 19:52:03 +0100

Attention: l'illustration présente une erreur, il faut intervertir le Dimétrodon et l'Ammonite.

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2014-01-13 09:59:51 +0100

Pour une mise en perspective de tout cela, voir la brève vidéo suivante: http://humanite-biodiversit...

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. . Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. . Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’éro...

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